Vivre mes différences : épisode 10 – Vivre mon courage

Sep 2, 2022

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Ce qui m’amène à explorer ce thème avec vous c’est le jour où j’ai appris d’où venait ce mot courage ; il vient du mot cœur ; je crois qu’avant cela, je ne m’étais jamais posé la question de savoir si j’étais une personne courageuse.

Le courage, je le vois aujourd’hui comme la capacité de rester relié à son cœur. D’un coup c’est devenu une évidence pour moi que les personnes qui, dans leur vie, ont fait des choses incroyables, l’ont fait grâce à la puissance de leur cœur ;

Qu’est ce qui fait que je vous parle de vivre mon courage comme une différence ?

Et bien parce que dans l’univers des grandes entreprises j’ai eu la sensation que c’était bizarre.

C’était bizarre d’être en réunion et d’oser dire l’évidence : face un truc à mettre en œuvre qui ne calait pas du tout avec la réalité du terrain en tant que manager opérationnel ; de prendre la parole et de dire : « mais moi je ne vois pas comment on peut mettre cela en place car ce ne sera pas cohérent pour nos équipes et pour le client ; alors ça n’a pas de sens ;

Sur le moment je croyais que j’étais la seule à voir et à ressentir les choses comme ça. Du ça ne servait globalement à rien puisque qu’il y avait 10 personnes autour, bien plus expérimentées que moi, qui se taisaient et qui disaient « oui oui » au chef (en râlant quand même parfois un peu au passage)

C’est mon expérience d’auditeur qui m’a fait voir les choses autrement :

Nous écoutons, avec mon collègue, les personnes au sein d’une équipe afin d’avoir leur perception des risques. Si je devais prendre une image je dirais que sur une équipe de 15 personnes environ, 12 d’entre-elles nous disent : mais là on nous demande d’aller tout droit mais on va droit dans le mur ! Il faut absolument tourner à gauche ! Ils nous disent cela avec toutes leurs tripes et leur cœur parce que nous sommes dans un entretien confidentiel. Et pourtant ces mêmes personnes, en réunion face à leur chef, ne réagissaient pas quand on leur dit d’aller tout droit ;

Ce jour-là j’ai compris que la voix que je portais tout haut depuis toujours, c’était une voix qui faisait certainement écho avec ce que les personnes ressentaient en eux, simplement ils ne le disaient pas.

Je pourrais être tentée de me dire que ces personnes n’étaient pas courageuses parce qu’elles ne disaient rien. En fait ce que je ressens c’est que cela ne vient pas d’elles, mais du formatage de cette société et de la façon dont elles ont grandi.

Que pesaient les ressentis du cœur d’un enfant face aux injonctions fermes des parents d’une autre époque ?

Pour certaines générations l’autorité était incontestable : même si un prof était odieux voir violent avec ses élèves, certains parents donnaient même une remontrance à l’enfant qui revenait raconter cela à la maison en osant critiquer le prof.

Du coup, même en cas d’injustice profonde le message était : tu fais ce qu’on te dit face à l’autorité. Tu ne discutes pas, et tu y vas ;

C’est à mes yeux la première raison qui génère cette attitude qui peut sembler peu courageuse ;

Et je ressens qu’il y en a une deuxième : j’ai pris conscience de cela lorsque je me retrouvais à accompagner des personnes, qui juste en ouvrant un espace de protection, avaient les larmes aux yeux, profondément touchées par ce qui se passait ; alors qu’au quotidien elles tenaient ce rôle de « j’assure, je suis fort, car je n’ai pas le droit d’être vulnérable ».

Souvent je m’amusais à dire à certains : j’imagine que comme beaucoup de personnes de ta génération, on t’a dit : « tu es un homme tu ne pleures pas »

Tous ont acquiescé.

Le documentaire : Make me a man illustre cela de façon magnifique grâce à des témoignages, pour le coup, très courageux ;

C’est quoi la seule solution pour ne pas pleurer quand on est un humain ? C’est de se mettre à distance de ce que l’on ressent, se mettre à distance de son cœur ; alors oui on écarte la tristesse et les larmes, ça c’est bien pratique, sauf qu’on écarte aussi la joie sincère et entière vécue depuis le cœur, et l’émerveillement. Si on y va très fort sur cette mise à distance, on écarte aussi toute possibilité d’empathie avec les personnes avec qui on travaille et peut-être pas seulement.

Et j’ai l’impression que l’incompatibilité de la pyramide hiérarchique avec un monde qui va de plus en plus vite a accentué ce reflexe… car chacun se protège comme il peut.

Certaines personnes restent dans leur mental et dans leur rôle, complètement détachées de ce qu’elles ressentent, au service d’objectifs de moins en moins atteignables, en pensant bien faire leur boulot ; or sur le lieu de travail ce n’est plus la majorité qui fonctionne ainsi : il y a des plus jeunes et des femmes qui pour beaucoup restent connectés à leur cœur même si certains ont aussi suivi ce chemin de la froideur et de la non-vulnérabilité ;

Alors qu’on essaie encore de faire coïncider le triangle de la pyramide hiérarchique dans un monde devenu rond, chacun se protège comme il peut et à partir des codes qui lui ont été transmis ;

Que vous ayez mis votre cœur à distance, ou au contraire, que vous souffriez de vivre trop intensément ses messages, la bonne nouvelle c’est qu’il est possible à chaque instant de choisir un nouveau chemin pour créer une vie réellement à votre image.

C’est ce chemin qui me passionne : car il nous permettra ensemble de créer un monde qui nous ressemble 😉